Pendant que des dizaines de milliers d'habitants fuyaient les flammes en Gironde fin juillet, une autre évacuation s'organisait, plus discrète : celle des animaux. Dans les zoos comme dans les refuges, des équipes se sont relayées jour et nuit pour mettre à l'abri ceux qui ne peuvent pas fuir seuls. Voici comment.
Un jaguar déménagé à des centaines de kilomètres
Quand le feu a menacé le bassin d'Arcachon, le Zoo du Bassin d'Arcachon, à La Teste-de-Buch, a lancé l'alerte. En quelques heures, le parc African Safari, près de Toulouse, a accueilli 21 de ses pensionnaires : un gris du Gabon, un gibbon, des canards carolins, un dendrocygne, et surtout un jaguar mâle, installé auprès de Taïga, la femelle jaguar déjà présente sur place.
Ce transfert n'a rien d'improvisé. Il s'est appuyé sur le réseau de l'Association française des parcs zoologiques, qui coordonne ce genre d'entraide entre établissements. Une fois l'incendie fixé, les animaux ont pu regagner leur habitat, sans blessure.
Les zoos qui restent, plan d'évacuation en main
Tous les parcs n'ont pas eu à déplacer leurs animaux, mais tous ont anticipé. Le Zoo de Bordeaux-Pessac a fermé ses portes au public et gardé ses équipes vétérinaires sur site, prêtes à agir. Après les grands feux de 2022, l'établissement avait bâti un plan d'évacuation détaillé. Déplacer un fauve, un éléphant ou une girafe ne s'improvise pas : cages de transport, itinéraires, lieux d'accueil, tout se prépare des mois à l'avance.
Refuges et faune sauvage en première ligne

Au-delà des zoos, la mobilisation a touché tous les animaux. La SPA de Gironde a évacué environ 180 chiens et 180 chats vers des familles d'accueil.
« C’est un bouleversement de les voir partir. Certains de nos pensionnaires sont ici depuis des années. Ces allées vides sont traumatisantes » - Amanda Pirois, de la SPA Gironde
Le centre de soins de la LPO à Audenge, qui recueille chaque année près de 6 000 animaux sauvages en détresse, a relâché ceux qui le pouvaient et transféré les autres vers Tonneins, dans le Lot-et-Garonne.
Pour les animaux d'élevage, l'OABA a activé son plan d'urgence dès le 27 juillet, avec 150 places pour les bovins et 250 pour les ovins et caprins en Corrèze et dans les Pyrénées-Atlantiques. En parallèle, l'association Futur a monté une cellule de crise reliant vétérinaires, transporteurs et bénévoles.
Ce que révèle cette chaîne de solidarité
Derrière chaque animal sauvé, il y a un réseau invisible : un coup de fil entre deux directeurs de parc, un camion qui roule de nuit, une famille qui accueille trois chats de plus. Les parcs zoologiques ne sont pas des îlots isolés, mais des maillons d'une même communauté, capable de s'organiser en quelques heures quand tout brûle autour.
Les incendies de Gironde ne sont pas terminés, et les équipes restent en alerte. Mais cette évacuation silencieuse rappelle une chose simple : dans l'urgence, on ne laisse personne derrière, pas même ceux qui ne parlent pas.




